Soutenu par la Fondation Maladies Rares grâce au financement de la Fondation d’entreprise IRCEM, le projet APOP (Articulateur dentaire dédié à la réalisation de Prothèses en Odontologie Pédiatrique), porté par la Pr Marie-Paule Gellé à l’Université de Reims Champagne-Ardenne, vise à développer un articulateur dentaire adapté aux enfants.
L’objectif : faciliter la réalisation de prothèses dentaires dès l’âge de 3 ans et mieux répondre aux besoins des jeunes patients atteints de maladies rares présentant des anomalies dentaires. Après plusieurs générations de prototypes et une évaluation dans plusieurs CHU, le dispositif a été validé, breveté et devrait pouvoir être commercialisé dès 2027.
Répondre à un besoin encore insuffisamment couvert
Des dents absentes, fragiles ou de formes inhabituelles : plusieurs maladies génétiques rares, comme les amélogenèses imparfaites ou les dysplasies ectodermiques, peuvent entraîner d’importantes anomalies dentaires. Au-delà des douleurs et des difficultés à mastiquer ou à parler, celles-ci peuvent avoir des répercussions sur l’apparence, le bien-être et la vie sociale des enfants.
Pour certains de ces jeunes patients, une réhabilitation prothétique est nécessaire dès l’âge de 3 ans. Les prothèses doivent ensuite être renouvelées au fil de leur croissance. Leur conception nécessite un outil essentiel : l’articulateur dentaire, qui reproduit les mouvements de la mâchoire inférieure par rapport à la mâchoire supérieure. Il permet au chirurgien-dentiste et au prothésiste de préparer des prothèses adaptées.
Mais les équipements destinés aux adultes, les seuls sur le marché aujourd’hui, ne répondent pas pleinement aux particularités anatomiques des enfants. Le projet APOP est né de ce constat, avec l’ambition de concevoir un articulateur pédiatrique modulable dans les trois dimensions de l’espace.
Une innovation construite entre recherche, pratique clinique et industrie
Porté par la Pr Marie-Paule Gellé au sein du laboratoire BIOS de l’Université de Reims Champagne-Ardenne, le projet associe le CHU de Reims, le lycée Saint Jean-Baptiste de La Salle de Reims et la société Fag dentaire, fabricant d’articulateurs dentaires.
Une première étude clinique et radiologique a permis de recueillir des données sur les caractéristiques maxillo-faciales des enfants de 3 à 14 ans. Ces travaux ont servi de base à la conception de plusieurs générations de prototypes, progressivement améliorés grâce aux retours des utilisateurs.
Le dispositif comporte notamment des éléments interchangeables selon la taille des enfants, afin d’adapter ses dimensions à leur morphologie. Les deux configurations destinées aux plus jeunes ont été validées dans le cadre des évaluations rapportées par l’équipe. La configuration pour les adolescents reste à préciser, en comparaison avec les équipements adultes.
Des retours encourageants dans plusieurs CHU
Fin 2024, 14 praticiens hospitaliers issus de 11 CHU ont été formés à l’utilisation du prototype de troisième génération. Des essais ont ensuite été menés en 2025 et au début de l’année 2026 pour réaliser des prothèses fixes ou amovibles.
Les premiers retours sont positifs. Deux groupes de discussion organisés en avril 2026 ont réuni les praticiens utilisateurs, un prothésiste, les responsables de Fag dentaire, fabricant d’articulateurs dentaires, partenaire industriel du projet, et la porteuse du projet. Ces échanges ont permis d’identifier les derniers ajustements : adaptation de certains accessoires aux plus petits enfants et renforcement de la stabilité du dispositif.
Ils ont également souligné l’importance de former les équipes et d’accompagner les premières utilisations en situation clinique.
Un soutien déterminant pour préparer l’accès aux soins
Le financement de la Fondation d’entreprise IRCEM a contribué à faire progresser une innovation répondant à un besoin très spécifique, dans un domaine où les possibilités de financement restent limitées.
L’enjeu est concret : faciliter la conception de prothèses adaptées aux enfants pour restaurer leurs fonctions bucco-dentaires, accompagner leur croissance et améliorer leur qualité de vie. À terme, le dispositif pourrait aussi bénéficier à des enfants ayant besoin de prothèses après des extractions multiples liées à des caries précoces sévères.
Les dernières modifications sont prévues pour la fin de l’année 2026. Une démarche de protection de l’innovation, présentée dans le rapport comme une extension d’un brevet existant de Fag dentaire, est également en préparation avec l’université. La commercialisation est envisagée début 2027, sous réserve de la décision de l’industriel.
Avec APOP, le soutien à la recherche contribue ainsi à rapprocher une innovation des besoins quotidiens des enfants, de leurs familles et des professionnels qui les accompagnent.
Les jeunes patients atteints de maladies génétiques avec une composante bucco-dentaire (ex : amélogenèse imparfaite, dysplasie ectodermique anhydrotique…) ont souvent besoin de réhabilitations prothétiques précoces et adaptées dès le plus jeune âge (3 ans). Ces réhabilitations sont essentielles : elles ne visent pas seulement à restaurer les fonctions masticatoires (mastication, déglutition, phonation), mais aussi à accompagner la croissance harmonieuse des arcades dentaires et du visage et à soutenir le développement psychologique, et favoriser une meilleure intégration scolaire et sociale. Or, à ce jour, il n’existe aucun articulateur sur le marché spécifiquement conçu pour les enfants. Cet outil est pourtant indispensable pour reproduire fidèlement les rapports intermaxillaires des enfants et pour concevoir des prothèses de grandes étendues les plus adaptées à leurs besoins particuliers. Notre projet vise à combler un véritable vide. Il consiste à développer un articulateur dentaire pédiatrique innovant, facile d’utilisation, pensé pour les enfants de 3 à 14 ans (en dentition temporaire, mixte ou jeune adulte), afin de répondre à cette nécessité clinique insuffisamment couverte.
Ce type d’innovation est difficile à financer, car il concerne un nombre restreint de jeunes patients, à la différence de grands domaines de recherche comme le cancer, qui mobilisent naturellement plus de moyens et d’intérêt. Dans ce contexte, le soutien de la FE IRCEM est non seulement précieux, mais aussi déterminant : malgré sa niche étroite, il rend possible la concrétisation d’un projet à forte valeur ajoutée médicale et sociale, qui changera réellement la qualité de vie de ces enfants et de leurs familles.
Ce soutien à ce projet témoigne d’un engagement réel envers la santé des enfants et montre qu’il est possible d’innover même dans des domaines moins visibles mais essentiels. Il prend ici tout son sens : il ne se limite pas à un apport financier, mais traduit aussi une vision humaniste et engagée, qui valorise l’innovation au service de tous, même pour des besoins très spécifiques.
Pr Marie-Paule GELLÉ, Chirurgien Dentiste, porteuse du projet